Ouvrir une LLC américaine depuis la France est plus simple que ne le laissent croire les sites « incorporation ». Tout se fait à distance avec un passeport et une adresse française. La théorie tient en cinq étapes. La pratique, c'est cinq points où la plupart des fondateurs francophones se cassent les dents : l'EIN qui prend deux mois, le compte Mercury refusé, le BOI oublié, le 5472 raté en mars, le registered agent dont on n'entend plus parler.
Cet article décrit la procédure complète. Avant de commencer, un point de cadrage : ouvrir une LLC américaine ne change pas votre fiscalité française tant que vous vivez en France. Le détail est dans l'article dédié sur la fiscalité d'une LLC pour résident français. On part du principe ici que vous savez pourquoi vous montez une LLC (clients US, plateformes US, préparation d'un départ) et que vous cherchez la procédure.
Étape 1 : choisir l'État
Pour un non-résident, deux États reviennent dans 95 % des cas : Wyoming et Delaware. Le reste (New Mexico, Floride, Nevada) ne sert qu'à des profils précis.
La règle pratique tient en une question : levée VC aux US dans les deux ans ? Si oui, Delaware. Sinon, Wyoming.
Pour les coûts, l'anonymat et les nuances bancaires, voir Wyoming vs Delaware : quel État américain choisir.
Étape 2 : le filing
Le filing, c'est le dépôt des statuts (« Articles of Organization ») auprès de l'État. Techniquement, c'est cette étape qui crée la LLC.
Trois éléments à fournir :
- Le nom de la LLC, qui doit contenir « LLC » et ne pas exister déjà dans le registre de l'État.
- L'adresse d'un registered agent local, obligatoire pour recevoir les courriers officiels. Vous n'avez pas d'adresse aux US, donc vous passez par un prestataire (LegalZoom, Northwest, ou un service francophone).
- L'identité de l'« organizer », la personne qui dépose les statuts. Ça peut être vous, ça peut être le prestataire.
L'État renvoie un Certificate of Formation qui acte la naissance de la LLC. Comptez quelques heures à quelques jours selon l'État et le mode de dépôt.
Une fois ce certificat en main, la LLC existe juridiquement. Il reste deux pièces majeures à obtenir avant qu'elle soit opérationnelle.
Étape 3 : l'EIN (la première vraie complication)
L'EIN (Employer Identification Number) est le numéro fiscal de la LLC, équivalent du SIREN. Il est gratuit auprès de l'IRS. Mais sans EIN, on ne peut rien faire : ni ouvrir un compte bancaire, ni activer Stripe, ni facturer un client US sérieux.
Et c'est là que le bât blesse pour un non-résident.
L'IRS ne permet pas la demande en ligne pour les fondateurs sans Social Security Number. Il faut envoyer le formulaire SS-4 par fax ou par courrier. Délai officiel : 4 à 8 semaines, en pratique parfois plus pendant la tax season.
Plusieurs prestataires proposent un EIN « express » à plusieurs centaines de dollars, où ils appellent directement l'IRS pour vous. Ça réduit le délai à quelques jours. C'est rarement essentiel, mais quand le client US attend une facture pour la semaine prochaine, ça change tout.
Bon à savoir : depuis 2024, la LLC doit aussi déposer un rapport BOI auprès du FinCEN dans les 90 jours qui suivent sa création. C'est gratuit, ça se fait en ligne, et c'est facile à oublier.
Étape 4 : le compte bancaire (la deuxième vraie complication)
C'est l'étape qui décide si la LLC va vraiment servir. Une LLC sans compte, c'est une coquille qui coûte 60 $ par an et qui ne génère rien.
Pour un non-résident en France, les options réalistes sont des fintechs US :
- Mercury : la plus populaire chez les fondateurs internationaux. Ouverture en ligne, dossier traité en quelques jours, multi-devises, virements internationaux propres.
- Relay : très proche de Mercury, parfois plus tolérant sur certains profils. Bonne alternative en cas de refus.
- Wise Business : utile en complément si vous facturez en EUR ou GBP, parce que les frais de change sont les plus bas du marché.
Le dossier d'ouverture demande l'EIN, le Certificate of Formation, votre passeport, un justificatif d'adresse français récent, et un site web ou une présentation crédible de l'activité.
Les motifs de refus les plus courants : business model jugé risqué (crypto, paris, certaines activités financières), site absent ou bâclé, incohérence entre l'adresse française et le nom sur le passeport, nationalité sensible côté KYC. En cas de refus chez Mercury, on retente chez Relay avec un dossier corrigé, et là encore le profil du fondateur compte autant que la LLC.
Pour le détail des comptes multi-devises et de la stack bancaire, voir US LLC multi-currency banking: Mercury, Wise, Stripe (article en anglais).
Étape 5 : Stripe, factures, opérations
Avec l'EIN et le compte bancaire, la LLC est en ordre de marche.
Stripe US s'ouvre directement avec l'EIN. Pour beaucoup de freelances européens, c'est l'élément déclencheur : on encaisse par carte avec des frais et un taux de change US, l'argent arrive sur Mercury en J+2, et la page de paiement bénéficie de l'image américaine.
La LLC peut émettre des factures dès le premier jour. Aucun État n'impose de comptabilité spécifique à une LLC pass-through, mais une tenue minimum (catégorisation des dépenses, P&L mensuel, conservation des justificatifs) reste indispensable pour préparer les dépôts annuels.
La partie que personne ne vous montre dans le tunnel de vente
Une LLC américaine n'est pas un produit qu'on achète une fois. Chaque année, elle doit produire :
- un annual report auprès de l'État, à une date fixe selon l'État,
- un Form 5472 + pro forma 1120 auprès de l'IRS pour les Single-Member LLC non-résidentes, avant le 15 avril, avec une amende de 25 000 $ par dépôt manqué,
- un renouvellement du registered agent,
- des mises à jour BOI au FinCEN en cas de changement (adresse, propriétaire, pièce d'identité).
Le détail est dans Créer une LLC américaine en 2026 : le coût réel, sans frais cachés. Ce qui compte ici : ces dépôts ne sont pas optionnels. Leur oubli est la première cause de mort des LLC d'entrepreneurs francophones, loin devant tous les autres motifs.
Délai total
Pour quelqu'un qui s'organise correctement et qui ne se fait pas refuser le compte bancaire :
- Jour 1 : filing, certificate reçu sous 1 à 3 jours selon l'État.
- Jour 2 à 10 : demande EIN par fax, ou quelques jours avec un prestataire « express ».
- Jour 10 à 20 : déclaration BOI au FinCEN, ouverture du compte Mercury.
- Jour 20 à 30 : compte bancaire fonctionnel, Stripe activé, premières factures émises.
Trois à six semaines pour une LLC pleinement opérationnelle. Si l'EIN traîne, si Mercury refuse, ou si le BOI passe à la trappe, on peut doubler ce délai sans difficulté.
Le rappel fiscal
La LLC est immatriculée aux US, elle a un EIN, un compte Mercury, un Stripe. Tant que vous restez résident français, ça ne change rien à votre fiscalité personnelle. Le bénéfice de la LLC remonte dans votre déclaration française, et la convention fiscale franco-américaine attribue le droit d'imposer à la France si vous n'avez pas d'établissement stable aux US.
Si l'objectif derrière la LLC est opérationnel (clients US, plateformes US, image américaine), elle fait le travail. Si l'objectif est fiscal, la LLC seule ne suffit pas : c'est le changement de résidence qui fait basculer la fiscalité. Voir LLC américaine et fiscalité française pour le détail.
Conclusion
La procédure tient en cinq étapes. La théorie est claire. La pratique mélange un EIN à demander à l'IRS par fax, un dossier KYC à monter pour Mercury, un BOI à déposer dans la fenêtre, un agent à renouveler, et des dépôts IRS et État chaque année. Aucun de ces points n'est insurmontable. Mais à un par un, ils mangent du temps et du stress, et à l'arrivée 30 % des LLC francophones se retrouvent en « not in good standing » au bout de deux ans.
C'est pour ça que chez Leasum, on monte la LLC de bout en bout (filing, EIN, BOI, ouverture Mercury) et on continue ensuite à porter la compliance annuelle dans le même contrat. Le fondateur reçoit son Certificate of Formation, son EIN, son compte ouvert, et n'a plus à toucher à un fax IRS ni à un portail d'État. Si vous hésitez entre faire ça vous-même et déléguer, le bon angle est le coût en temps sur cinq ans, pas le ticket initial.



